Comment une jeune Européenne de l’Est s’est retrouvée prise au piège d’un couple de Français.
C’est une histoire redoutablement ordinaire. Une dérive à bas bruit presque exemplaire. Irina1 n’a même pas 19 ans et une détermination à fleur de peau quand elle quitte son pays d’Europe de l’Est pour venir étudier en France. Issue d’un milieu plutôt aisé, elle rêve d’obtenir un master en économie-droit dans une grande fac parisienne. Elle commence par travailler comme jeune fille au pair, mais, dans la famille qui l’emploie, les choses tournent mal.
Rapidement, elle se retrouve sans toit ni ressources et vivote de petits boulots. "Un jour, elle se dit: "Est-ce que je pourrais travailler un peu moins et gagner un peu plus?" raconte Marie-Claude Delalande, la bénévole de la Fondation Scelles2 à qui elle s’est confiée. De son propre chef, elle choisit alors de faire commerce de son corps." De strip-tease en peep-show, d’une passe à l’autre, Irina bascule insensiblement dans le monde de la prostitution et finit par rencontrer un couple de Français croquignolet: la femme vend ses charmes, l’homme vit des fruits des activités de sa compagne. Un lien mi-amical, mi-protecteur s’instaure entre eux, et Irina s’installe dans leur appartement.
Sous pression
Sous l’impulsion du duo, la jeune étudiante devient escort. Elle dispose maintenant d’une page Internet et facture ses prestations 500 euros l’heure. Ses clients, elle les reçoit dans l’appartement commun et reverse un pourcentage à celui qui est désormais son proxénète. Consentante, Irina ne se plaint pas, mais, au fil des mois, son souteneur devient menaçant.
Dans le cadre de ses études, la jeune femme part un an à l’étranger. A son retour, elle prend conscience qu’elle ne veut plus de cette vie parallèle, d’autant que son proxénète multiplie les pressions. Un jour, elle craque et franchit le seuil d’un commissariat pour porter plainte. "Je n’en pouvais plus de ce chantage permanent", explique-t-elle.
Aujourd’hui, Irina a 26 ans et une force de caractère intacte. Elle attend la date du procès et assume ses actes, consciente qu’elle a, pour se simplifier l’existence, emprunté un chemin de traverse qui l’a menée jusqu’à… trop loin. Pas au point, tout de même, de cisailler son avenir: son master, elle l’a bien obtenu. Avec 14,5 de moyenne.
1: le prénom a été changé.
2: la Fondation Scelles est la plus importante assocation de lutte contre le trafic d’êtres humains en Europe