Bilaly Dembele a porté plainte pour violences volontaires après l’interpellation musclée et filmée dont il a fait l’objet. De son côté, la Ville annonce que la policière municipale blessée au visage est sur le point de faire de même.
L’interpellation musclée et filmée d’un habitant de Saint-Jean fait polémique. Face à la mise en cause du comportement des policiers municipaux, la Ville défend ses agents.
Une simple mise en fourrière a mal tourné, jeudi matin, à Saint-Jean. Depuis hier, une vidéo, diffusée sur notre site Internet, montre la réaction violente d’un agent de la police municipale envers un habitant du quartier.
Des images qui ont beaucoup circulé, choqué, y compris la maire de Beauvais, Caroline Cayeux. Mais l’affaire ne se résume pas à ces images. Deux versions s’opposent déjà. Celle des habitants du quartier contre celle des policiers municipaux.
Il est 9h50, jeudi matin, quand une équipe d’agents municipaux intervient pour la mise en fourrière d’un véhicule dans la rue Honoré-de-Balzac.
Le propriétaire de la voiture, Bilaly Dembele, est présent et s’oppose clairement au retrait du véhicule. «J’avais les papiers, je pouvais très bien la déplacer», raconte l’homme âgé de 62ans.
Deux volets dans l’affaire
Hier après-midi, entouré de sa famille, ce dernier racontait avec peine les événements de la veille. «J’ai eu l’impression d’être traité comme un voyou, moi qui n’avais jamais eu affaire avec la police, municipale ou pas.» Bilaly Dembele s’est couché sur le capot en signe de protestation. C’est alors que l’opération a dégénéré.
«L’homme s’est débattu et un agent est tombé», explique Sébastien Ruel, le directeur prévention-sécurité de la ville et «chef» de la police municipale, qui a récolté des témoignages.
Déjà, des habitants du quartier étaient descendus dans la rue, assistant à la scène. Deux jeunes hommes arrivent, l’un se présente comme étant le fils du propriétaire du véhicule.
Des injures fusent. L’un d’eux frappe au visage une policière municipale. « Cette dernière restera longtemps au sol avant l’envoi de renforts», ajoute Sébastien Ruel. Un troisième agent est également blessé.
C’est à partir de là que l’opération est filmée. Elle montre une interpellation «musclée» des policiers municipaux. L’un d’eux fait tomber Bilaly Dembele, avant de lui asséner un coup de poing.
Un chien-policier est lâché sur l’habitant de Saint-Jean, très vite immobilisé et gazé par des renforts. Certains témoins ont entendu: «Bouffe-le!». Mais les paroles de la vidéo restent inaudibles.
Très vite, la situation prend une tournure particulière quand des habitants interpellent Caroline Cayeux, qui signait une convention sur la cohésion sociale à 50 mètres de la scène. La maire de Beauvais réagit vivement à la vision de la vidéo et écoute les doléances des habitants.
Les deux parties portent plainte
Mais depuis, les versions se sont affinées jusqu’à conduire la maire de Beauvais à soutenir les policiers municipaux.
Elle fait savoir, dans un communiqué, que «Fabienne L. (…) a été conduite à l’hôpital où les médecins lui ont prescrit 20 jours d’interruption temporaire de travail (ITT)», et va jusqu’à envoyer, hier soir, aux rédactions, la photo de cette dernière, blessée au visage. L’agent a décidé de porter plainte, avec le soutien de la Ville, qui va se constituer partie civile.
Il n’empêche que la vidéo est lâchée et oblige la ville à prendre des mesures. Le policier mis en cause est suspendu provisoirement le temps de l’enquête. «Le comportement de l’agent que l’on découvre sur la vidéo n’est pas, c’est un fait, en adéquation avec les responsabilités qu’induit la profession d’agent de la police municipale», relève la Ville.
Bilaly Dembele, également blessé et conduit à l’hôpital – lequel a prescrit une ITT de deux jours – a porté plainte hier pour violences volontaires. «De toute manière, j’aurais défendu mon père coûte que coûte», insiste sa fille. Une affaire brûlante qui refera parler d’elle.
MÉLANIE CARNOT