« Etre acteur, c’est les paillettes, les césar, le showbiz, mais aussi les pubs Amaguiz », Jean Rochefort.
« Mon père est un sculpteur, César un ferrailleur », Jean Paul Belmondo.
J’adore la cérémonie des César, depuis toujours. Petit et pauvre, je la regardais en peignoir, avec mon frère, en mangeant un croque-monsieur (un chacun, pas un pour deux, quand même).
Évidemment, cette année, grand et blindé devant une roborative blanquette aux truffes, je tiens pour Polisse et Joey Starr, en l’absence notable d’Olivier Marchal, ses cheveux gras et ses Lyonnais.
J’ai aussi un faible pour Angèle et Tony, qui n’est pas une fliquerie, mais un film social magnifique avec des acteurs moches et mutiques mais bigrement talentueux, tourné pas loin de chez ma belle-sœur, à Port en Bessin Huppain (14).
En moins de temps qu’il n’en faut à Julie Depardieu pour prononcer « Hazanavicius », Polisse choppe deux récompenses, je finis ma blanquette et les comédiens d’ Angèle et Tony gagnent aussi leur compression.
Hélas, de truffes, il n’y en a pas que dans mon plat du soir. Une Mathilde Seigner braillarde, qui emprunte pour l’occasion une tenue de chez Dior et la voix de Marine Le Pen, encourage Joey starr à venir sur scène en lieu et place du vrai récipiendaire, Michel Blanc. Elle beugle un « Didjiiiiiééééééééé » rauque, qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres du cinéma et Cotillard grimée en mime marceau hurlant « Maaaaarceeeeeeeeeel » dans La Môme.
Malaise.
Quand je pense qu’encore récemment cette dame laissait Laurent Gerra mettre sa bite en elle, la blanquette me remonte, tiens.
Mais bon, allez, ce soir, on honore l’adorable Kate Winslet, pour contribution exceptionnelle dans des films qui font pleurer mais toujours avec des plans sur ses nichons. Son décolleté et son sourire sont fukushimiesque, il faut l’admettre. Pour la faire rigoler, on lui envoie Michel Gondry – mi Malcolm Mac Laren, mi Dominique Dropsy – qui lui récite en anglais un poème de cul.
Les non-anglophones en sont pour leurs frais : reste de ce duo l’improbable sensation de devoir garder ses Moonboots dans une partouze.
Nous, on aurait voulu du franchouillard, un truc à base de « Ici, elle est à quai, Kate » ou « Elle embrasse tout le monde, elle bise tout, Kate » mais non, Gondry a choisi l’anglais pour déclamer son ode lubrique à la duègne de Titanic.
Naufrage toujours que le sketch de cette actrice qui ressemble à la femme de Popeye, un genre d’insoutenable vanne sur l’haleine supposée fétide d’Antoine de Caunes. Un truc pourri, moisi, qui me rappelle le service militaire et l’aspirant Moreau qui enflammait ses prouts pour s’intégrer à la chambrée.
Heureusement un Laurent Laffite exquis vient vite nous faire marrer, en dépit de sa ressemblance avec Michel Leeb.
Le temps file, plus rien pour Polisse, rien encore pour l’Obamesque Intouchables, dont on sait juste que le remake ricain, avec Will Smith qui pousse Dustin Hoffman, a pour nom de travail « Arnold et Wheelin’ ».
Mathieu Kassovitz, arrive alors, sans le gendarme Legorju retenu à la Réunion. Aussi décalé que des meubles en merisier chez Steve Jobs, Il vient faire oublier que son film sur Ouvéa sent la grotte à plein nez. Kassos voulait enculer le cinéma français, il le gobe à pleine bouche, en public, pour lui demander pardon. Il ne parvient même pas à niquer l’ambiance.
On rend ensuite hommage à Annie Girardot, que le cinéma avait oublié bien avant qu’elle ne s’oublie elle-même, comme on pleure une tante lointaine parce que ses enfants sont là. Puis Antoine de Caunes fait des vannes avec un pétard, et Valérie Lemercier nous manque, d’un coup, de manière abyssale.
Une autre tendance se dessine, au fur et à mesure de la distribution : le glas des biopics sur les erreurs judiciaires. Rien pour Omar m’a tuer, nada pour le film avec Torreton sur le notaire d’Outreau qui ne touchait pas les gosses. Avis à celui qui entreprend de porter sur écran la vie d’Eric Woerth ou celle de Didier Six, ça sent la tôle aux césar…
Même le film cochon sur l’affaire DSK repart bredouille.
Pendant ce temps, Polisse s’enlise encore, un gros inconnu du public, hilare, fait un pouce en l’air à chaque plan de lui et on voit à l’envi Jean Dujardin et son rictus mécanique. Quand il sourit à la caméra, on le sent en casting permanent pour le rôle de méchant dans le prochain Spielberg. S’il échoue, il pourra toujours jouer Jacques Chaban Delmas dans « Le Vrai De Gaulle, Mémoires d’un Travelo », le prochain Romain Gavras.
J’adore Jean Dujardin, et il mérite l’Oscar qu’il recevra dans deux jours, mais je sens que je vais bientôt regretter le temps où il faisait le chameau pour nous faire rigoler.
Puis Omar Sy reçoit la distinction suprême : Meilleur danseur sur du Earth Wind and Fire dans un film.
A la fin, Thomas Langman – le dernier Nain Bab’ du cinéma – sans talent net et sans talonnettes – remercie ceux qui « ont mis de l’argent » dans tous ces films, oubliant au passage ceux qui en donnent pour les voir.
Maiwenn chiale, moi aussi du coup, et Dujardin fout la frousse : après avoir perdu, il devient carrément The Autist à force de raideur carnassière.
François Cluzet est absent, cloué au lit : il a décidément du mal à sortir de son rôle, Actor’s Studio style.
Ce soir nous n’avons peut-être pas vu Cluzet, mais Omar Sy, si, face à son destin.