Selon nos informations, ce sont 11 et non pas 6 personnes qui ont été blessées dans la nuit de samedi à dimanche à Lille dans une fusillade dans une discothèque qui a fait deux morts. Quatre d’entre elles étaient toujours hospitalisées lundi. Selon la police, leurs jours ne sont pas en danger. Deux ont été opérés et deux autres doivent l’être dans la journée.
Une information judiciaire pour assassinat a été ouverte, alors que le tireur présumé, qui avait été refoulé de l’établissement, et son complice étaient toujours en fuite. Les deux hommes étaient toujours activement recherchés dimanche en fin de journée par une quarantaine d’officiers de la police judiciaire. Selon une source syndicale policière, ils pourraient avoir fui vers la Belgique.
Identifié par des témoins, le suspect principal est âgé de 32 ans et résidait à Tourcoing (Nord). Il s’est enfui à bord d’un véhicule conduit par un complice. "Le signalement de l’auteur présumé des coups de feu a déjà été largement diffusé. Il est très défavorablement connu des services de police et a déjà été condamné" à plusieurs reprises, a indiqué le procureur de Lille, Frédéric Fèvre.
Aménagement de peine
Selon nos informations, cet homme, Mokhtari Fayçal, est né le 3 juillet 1980 à Tourcoing. Arrêté et placé en détention provisoire pour vol aggravé et association de malfaiteurs de mars à juin 2006, il est libéré, puis condamné par le tribunal correctionnel de Meaux le 18 mai 2008 à 2 ans de prison ferme. Il ne les effectuera jamais, sa peine ayant été "aménagée".
Son complice a été identifié plus tard dans la matinée par les enquêteurs. "Il s’agit bien d’un homme. Il était déjà connu des services de police, mais pour des faits d’une moindre importance que le suspect principal", a indiqué une source proche de l’enquête, sans donner plus de détails. Selon une autre source contactée par Le Point.fr, Jeloul Cherifi, né en juin 1988, a des antécédents judiciaires notamment pour violences conjugales. Il conduisait le véhicule, une Citroën C5, d’où les coups de feu ont été tirés. L’arme est bien une kalachnikov. 15 à 20 douilles ont été retrouvées sur place.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect a ouvert le feu vers 3 heures du matin, depuis l’extérieur de la discothèque Theatro, après en avoir été éconduit une première fois par le videur. Les deux personnes décédées sont un client de 27 ans, qui s’apprêtait à quitter l’établissement, et une employée de 26 ans qui tenait le vestiaire, situé à l’entrée de la boîte de nuit. La jeune femme était employée au noir.
Information judiciaire
Une information judiciaire pour "assassinat", "tentative d’assassinat" et "détention d’armes de guerre de première catégorie" a été ouverte. Selon Benoît Lecomte, du syndicat de police Alliance, le suspect "a déjà fait plusieurs séjours en prison pour des vols simples, des trafics de stupéfiants, abus de confiance, violences". Il posséderait également une résidence en Belgique.
Située en plein centre de Lille, cette discothèque, dont l’accès est gratuit, est réputée calme et spécialisée dans le RnB. Son accès avait été barré à l’aube par des cordons de police. Peu après les faits, quelques clients de la boîte de nuit, couverts pour certains d’une couverture de survie, étaient encore sous le choc.
"On était sur la piste de danse quand on a entendu une détonation. Il y a eu un gros mouvement de foule. Tout le monde s’est précipité vers le côté de la grande salle", avant d’être d’évacué plus tard, a raconté Jérémy, 26 ans, qui faisait la fête avec "environ 200 ou 300" clients de l’établissement. "J’ai d’abord cru que c’était un pétard. Je suis allé à l’entrée voir ce qui se passait et j’ai vu une personne étendue par terre baignant dans une mare de sang", a-t-il poursuivi. "Il a juste tué comme ça, gratuitement. Là, on a imaginé la tuerie de Columbine", aux États-Unis, a déclaré Eileen, 28 ans.
Arme de guerre
Au moment des tirs, "on ne réalise pas vraiment. On cherche nos amis, on se demande ce qui s’est passé, on voit les pompiers partout. C’était la panique. Les gens criaient, des filles s’évanouissaient. C’était juste horrible", a témoigné la jeune femme. "On est dégoûtés, ce n’est pas le Bronx ici", a ajouté Mohamed. Selon lui, le suspect est "un malade, un client qui est revenu avec une arme de guerre" parce qu’il "n’a pas supporté de s’être fait refouler par le videur", avec qui il s’était "embrouillé".
La maire de Lille, Martine Aubry, a fait part de son "effroi" quelques heures après la "tuerie", demandant que tout soit "mis en oeuvre pour que le tireur soit interpellé au plus vite". Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a "condamné fermement ces faits graves, qui mettent en jeu la circulation et l’usage d’armes de guerre sur le territoire national".