Voilà ce que j’ai collé hier soir dans le cahier de propositions destiné au Préfet et à notre DDSP 92 qui se déplacent au Commissariat de Courbevoie le 15.11.2016 :
« Monsieur le Préfet, monsieur le directeur,
Je ne comprends pas vraiment le pourquoi de cette réunion de concertation qui aurait pour but « de nous faire évoquer des pistes de réflexion à porter à la connaissance de nos autorités ».
Il me semble, pourtant, que l’ensemble de notre hiérarchie a tous les chiffres nous concernant. Comment a-t-il pu échapper à notre administration, par exemple, que depuis tant d’années, il y a de plus en plus de danger à exercer notre métier ?
Au delà de la série d’attentats qui ont touché notre pays ces 23 derniers mois, comment a-t-il pu échapper à nos dirigeants les chiffres alarmants de suicides dans notre profession, toutes les années antérieures ?
Comment a-t-il pu échapper à nos gouvernants qu’il y a de plus en plus de blessés graves parmi nous, de plus en plus de brûlés par des cocktails Molotov, de plus en plus de menaces dirigées contre nous ? Des menaces directes… parfois même portées à terme comme pour nos deux collègues tués devant leur enfant.
Comment a-t-il pu échapper à nos supérieurs, tout simplement, la banalisation des violences à notre encontre, tout au long de cette dernière décennies ? Alors que même BFM le porte à la connaissance de tous.
Il y a aussi de plus en plus d’outrages, même si concernant ce point précis, ils n’apparaissent pas tous dans les statistiques en effet, tant la procédure est lourde et toujours en défaveur des victimes dans notre pays.
Comment a-t-il pu échapper à nos autorités les humiliations que nous subissons sans cesse comme quand par exemple, on permet à nos délinquants, même les multirécidivistes, d’exiger en pleine voie publique notre fameux numéro RIO, pour mieux nous provoquer ? Le pire étant que notre administration leur donne doublement raison en nous obligeant systématiquement à nous justifier d’un de leur signalement, en un simple clic, sur la plateforme de l’IGPN.
C’est presque aussi scandaleux que quand Monsieur Cazeneuve, qui est censé être notre grand protecteur, désigne des tueurs de flics comme des simples « sauvageons ». Et tout aussi honteux que quand Monsieur Cambadélis, premier secrétaire du parti au pouvoir que nous servons, nous désigne comme de vulgaires suppôts de Satan.
Qu’on soit flic ou simple citoyen, nous pouvons malheureusement tous nous considérer aujourd’hui comme des rescapés tant le mal frappe régulièrement et n’importe où dans notre pays.
A vrai dire, on n’a même pas la possibilité de goûter au bonheur d’y avoir, par chance, échappé… Tant la situation de notre pays et de notre Police en particulier, est désolante. Comment a-t-il pu échapper à nos supérieurs que nous pouvons légitimement avoir peur d’être les prochains sur la liste ???
Comment a-t-il pu échapper à notre administration le fait que notre parc automobile est en partie délabré ? Le fait qu’il y ait distinctement plus de cafards que d’effectif dans la majorité de nos locaux ? Le fait établi que la majorité des collègues de terrain soit, depuis si longtemps, systématiquement positionnés sur des points statiques, à protéger des locaux ou des communautés particulières ? Parfois et donc trop souvent, en dépit du bon sens, mais surtout au détriment de 90 % de la population. Celle-là même précisément, pour laquelle la plupart d’entre nous se sont engagés dans la Police.
Comment a-t-il pu échapper à nos dirigeants que notre salaire est gelé depuis 2010 ? Alors que dans le même temps, la croissance de nos attributions nous brûle les doigts. Comment a-t-il pu échapper à nos supérieurs que même avec des bons chiffres, du moins concernant ceux de ma brigade depuis 16 ans, j’ai touché que quatre fois une prime au mérite de 600 euros pendant que des personnes des étages supérieurs, à qui ces mêmes chiffres ont permis d’en obtenir une également, soit d’un montant cinquante fois supérieur ? Comment a-t-il pu échapper à l’ensemble de notre hiérarchie que ce contraste soit humiliant pour nous ???
Il n’a pourtant pas échappé à l’ensemble du pays que nous pouvons légitimement, ne plus se sentir protégés par nos dirigeants, tant à chaque fois que les médias s’emparent d’une affaire ou pas, ceux-ci nous font subir une tension inadmissible ? Surtout en sachant qu’elle s’ajoute au cumul des autres que je viens d’énumérer.
Comment a-t-il pu échapper à nos gouvernants que certains de mes collègues n’osent plus se servir de leur arme, de leur taser, de leur flash-ball, de leur matraque, pour se protéger ??? Tant nous subissons un poids considérable quant à l’utilisation de nos moyens de défense. Comment a-t-il a pu échapper à notre gouvernement que nous soyons trop souvent obligés de battre en retraite devant le danger ??? Tant notre Police a été affaiblie durant ces dernières années.
Je vais m’arrêter là même si il y aurait encore tellement de choses à dire.
Des revendications claires et exhaustives émaneront bientôt de notre mouvement. Pour ma part, je m’arrête donc là car je n’en suis pas le porte-parole. Je suis un simple soldat de la république qui aime si démesurément son métier, que tout ça me rend malade.
Disons cependant que j’ai décidé de continuer de l’exercer, coûte que coûte, en me soignant désormais grâce à l’espoir que représente ce mouvement. Et en étant, bien sûr, totalement solidaire de l’ensemble des revendications de ma famille «Police ».
Monsieur le Préfet, monsieur le directeur, donc… je ne crois pas que les personnes que vous représentez soient aveugles à ce point là. Je ne crois pas que vous-même, soyez aveugle à ce point là.
Par conséquent, je ne me déplacerai pas à cette concertation. Tout d’abord parce que j’assiste à l’entrainement de foot de mon fils à cette heure-là et que cela prime sur ces faux-semblants. Deuxièmement, parce que j’ai entendu trop de promesses dans ma carrière pour me permettre d’en croire d’autres à présent. Mais aussi, parce que je suis beaucoup moins bon orateur que vous autres, les autorités, pour soutenir un débat équitable. Pour tout vous dire, j’ai même un petit cheveu sur la langue !!! Vous êtes d’ailleurs si bon orateur, vous autres, que vous avez, il est vrai, réussi à nous endormir toutes ces années.
Seulement voilà et je terminerai là-dessus… Le réveil a sonné !!! Il était temps !!! C’était même devenu vital pour nous au sens propre du terme. Alors si nos hauts fonctionnaires n’ont pas encore conscience de la colère dans laquelle ils nous ont conduits…
Nous n’avons plus d’autre choix dorénavant que de leur faire comprendre car nous avons décidé, tous ensemble et spontanément, que plus jamais l’administration ne nous prendra pour des imbéciles qui acceptent tout.
Notre émancipation est le fruit d’une trop longue frustration, voire d’un trop long traumatisme, pour qu’il nous soit possible de revenir en arrière désormais.
Alors, avant de refaire confiance ou de pouvoir de nouveau dialoguer avec nos gouvernants à ce sujet, j’attendrai pour ma part des gestes forts et effectifs. Et certainement pas d’une concertation telle que celle-ci car mes collègues et moi, n’avons plus le droit de faire semblant d’être aveugles, au même titre que vous autres !!!
Nous avons la ferme volonté de reconquérir le respect
pour ne plus avoir à s’en passer !!!

Brigadier Chef Couder, 43 ans,
Papa d’un garçon de 5 ans,
Chef de la BAC Courbevoie depuis 2009,
16 ans de Police dont 13 années de BAC,
4 primes au mérite de 600 euros,
70 lettres de félicitations d’un coût total d’un euro cinquante,
Deux gratifications de 80 euros,
Titulaire de la médaille de la Défense Nationale,
Quatre fois médaillés de la ville de Courbevoie, Bronze, Argent et
deux fois l’or mais en vérité, elles sont toutes en étain !!!
Signé à la note maximale de 7.
Pour les collègues qui soutiennent ma démarche, n’hésitez pas à signer ce bout de papier au Ciat de Courbevoie 92.

Advertisements