L’entrainement de mon fils s’est plutôt bien passé, même si pour être tout à fait honnête avec vous, mon fiston a incontestablement deux pieds gauche pour l’instant, au point même d’envisager de le mettre dans les buts. Je me console toutefois en me disant qu’il débute tout juste dans le domaine du Football. Mais je me console surtout, en réalité, en me disant que j’étais mille fois plus à ma place en étant spectateur d’apprentis footballeurs qu’autour de la fameuse table de concertation face à des professionnels de la rhétorique.
Oui, parce que pendant ce temps-là, une armada de hauts responsables se réunissait dans la salle d’honneur de mon Commissariat, là-même où j’ai été vivement convié suite à mon texte précédent, pour évoquer donc « des pistes de réflexion à porter à la connaissance de nos autorités ». Oui… exactement… comme si tous nos problèmes leur avaient échappé sur notre situation jusque-là…
« Un simple moussaillon face a une armada » Si le rapport de force n’avait été pas tant en ma défaveur, c’est vrai que j’aurais bien voulu leur exposer plus avant le problème des primes notamment. En leur démontrant qu’elles ont tués, selon moi, l’essence même de notre métier. Attention, je ne parle des nôtres qui risquent, rassurons-nous, de ne tuer personne vu leur montant qui ne casse déjà pas trois pattes à un canard.
Je parle bien sûr du sujet tabou de celles de nos supérieurs, qui poussent depuis trop d’années, toute la profession à remplir des cases et non pas des cages. Celles-ci proposent d’ailleurs des montants si exorbitants à notre hiérarchie (du moins par rapport aux nôtres) qu’elles les ont invité à l’établissement de cette terrible politique du chiffre, complétement déconnecté des besoins réels de notre pays. Cette dite politique qui met la pression à tous les étages, mais surtout aux étages inférieurs, car nous en avons toujours été le bras armé.
Ce que nous appelons « pression hiérarchique », elle nait de là… De plus, se dire que pendant des années, nous avons été complice de ce système révoltant, a été destructeur pour bon nombre d’entre nous.
La semaine dernière, lors d’une de ces réunions de concertation, un de nos hauts fonctionnaires s’exprimait avec aplomb à notre sujet en disant, que nous sommes une génération sacrifiée !!! C’est vrai que ça y ressemble beaucoup mais selon moi, il aurait juste fallu que nos difficultés, pourtant si préoccupantes ces derniers temps, priment sur leurs primes pour tenter d’éviter notre sacrifice. Par conséquent, il est indéniable que tout le monde à sa part de responsabilité, au même titre que les gouvernements qui se sont succédés à la tête de notre pays !!!
Enfin, disons juste qu’il s’agit d’un exemple probant parmi d’autres, qui explique que partout où ces réunions se sont établies jusque-là, elles ont suscité encore plus de colère et de désarroi parmi mes collègues. Il y a à l’évidence un gros problème de défiance vis à vis de notre administration, lié à un gros problème de confiance. La concertation d’hier cependant, a à priori, d’après les échos que j’en ai eu, fait place à l’apaisement…
C’est vrai que j’aimerais beaucoup être apaisé… mais cela ne se fait malheureusement pas en un coup de baguette magique !!!
Faute d’argumentaire ou simple stratégie, une des rhétoriques préférées de nos instances jusque-là, pour contrecarrer notre colère qui s’est transformé en un mouvement, était de prétendre que nous sommes instrumentalisés politiquement. Comme si on n’avait déjà pas assez de problèmes comme ça…
Sachez que nous devons cesser de nous justifier à ce propos. Nous nous sommes clairement émancipés de nos syndicats, ce n’est certainement pas pour tomber dans la gueule du loup. J’ai décidé pour ma part de m’exprimer dans toutes les tribunes qui me seront proposées, ça ne veut pas dire que j’en signerais le bail. C’est dingue de voir à quel point, ces gens du haut de la pyramide sont obnubilés par ce jeu de l’échiquier politique. Comment leur faire comprendre une bonne fois pour toute que nous… nous ne jouons pas !!!
Eh merde, j’en ai marre qu’on nous colle des étiquettes alors que nous ne sommes pas à vendre. J’en ai marre qu’on nous dise le contraire que ce que nos yeux voient. J’en ai marre de voir notre Police partir en couille et de me sentir impuissant. Si on décidait tous ensemble de ne plus accepter de se faire faire la morale par tous ceux qui sont acteurs et non pas de victimes, de ce système. Si on décidait de ne plus accepter de se faire faire la morale par tous ceux qui y ont intérêt.
Pour ceux qui s’inquièteraient de mon sort, sachez que je garde une tonne d’arguments sous le pied au cas où… car comme vous, j’ai été témoin de tellement d’aberrations.
Sachez aussi que si j’ai signé de mon nom, mon post précédent, ce n’est certainement pas parce que je me sens intouchable. Je dirais au contraire que j’ai été mille fois touché, et même blessé, par la gestion désastreuse de ma corporation cette dernière décennie. Alors, une blessure de plus ou de moins…
Disons également plus simplement, qu’exercer notre métier de nos jours suscite tellement de peur que je n’aie pas eu d’autre choix que d’apprendre à la maitriser.
Je suis, encore une fois, qu’un simple moussaillon qui se débat en criant parce qu’il craint de voir son bateau couler définitivement. Je ne demande pas expressément qu’on vienne me sauver, il ne s’agit pas de préoccupation autour de ma petite personne. Se faisant, j’alerte néanmoins à mon tour, mon commandant de bord et les armateurs en chef sur la vulnérabilité de notre bateau et sur la nécessité d’en concevoir un meilleur.
Voilà, j’ai donc décidé comme beaucoup de mes collègues, compte tenu de tous ce que nous savons, de parler ouvertement… car si nous nous taisons aujourd’hui, nous serons coupable demain…
Sachez pour finir que si nous ne décidons pas, tous ensemble, de s’occuper des problèmes, les problèmes finiront par s’occuper de nous… »
Merci mille fois pour tous les partages de mon texte précédent…

BC.Coud